Dans son billet (Journal de Montréal) du 31 janvier "Bye-bye la pub, bye bye", Sophie Durocher me fait l'honneur de me qualifier d'"honorable Alain Saulnier". (Je sais, c'est un pléonasme et c'est voulu...)
C'est que la veille, le journal Le Devoir rapportait mon opinion sur le fait que ce soit une bonne chose de retirer progressivement Radio-Canada de la publicité sur cinq années. On m'a cité correctement. En fait, mon opinion, c'est ce que recommande le rapport Yale sur l'avenir de la radiodiffusion et des télécommunications rendu public le 29 janvier. Le rapport recommande que Radio-Canada abandonne "graduellement la publicité de tous ses supports de diffusion au cours des cinq prochaines années, en commençant par les contenus des nouvelles." Il réaffirme également l'importance d'avoir un service public fort au pays. J'en suis.
À mon avis, Radio-Canada a besoin d'un électrochoc pour recentrer sa mission dans le cadre d'un mandat de service public. La quête de publicité à tout prix influence trop les choix de contenus et des programmations de Radio-Canada sur toutes ses plateformes, à l'exception de la radio. On a tendance ainsi à perdre de vue le mandat propre à un service public.
Comment ce retrait doit-il se faire? Sur cinq années, avec des négociations entre Radio-Canada, le CRTC et le ministère du Patrimoine canadien, indiquait Monique Simard, une des auteures du rapport mercredi dernier. Il est possible qu'au bout du compte, on laisse Radio-Canada avoir accès à des publicités de prestige pour les Jeux olympiques par exemple, ou lors de grands événements culturels.
Radio-Canada a laissé trop longtemps la recherche de revenus de publicité teinter sa programmation. Lorsque j'étais patron de l'information à Radio-Canada, on voulait toujours faire retirer de la programmation l'émission Une heure sur terre animée par Jean-François Lépine. Pour la remplacer par quoi? Une émission de variétés, de préférence, qui irait chercher de meilleurs résultats d'écoute et donc, plus de revenus publicitaires. J'ai toujours résisté jusqu'à ce qu'on "m'invite" à quitter Radio-Canada en février 2012.
La première étape de ce retrait progressif sur cinq années, tel que proposé par le rapport Yale, serait de retirer rapidement la publicité des bulletins de nouvelles et des sites d'information. Je m'en réjouis.
Je suis en désaccord avec ceux et celles qui pensent qu'en retirant la publicité à Radio-Canada, on marginalisera et fragilisera le service public. À mon avis, il faut un électrochoc pour que Radio-Canada redéfinisse son rôle et son mandat. Il est plus dangereux de se mettre la tête dans le sable et de continuer comme si de rien n'était, tel que le fait actuellement Radio-Canada. Car à poursuivre ainsi, on fournira à la droite de ce pays la bonne raison pour justifier d'asphyxier le service public.
Lorsqu'il y aura de moins en moins de différence entre Radio-Canada et les privés, on se sera mis la corde autour du cou. «À quoi servirait un service public (d'information) s'il faisait les choses comme les autres?» écrivais-je en 2012 dans mon communiqué aux employés lors de mon départ de Radio-Canada. Je le crois toujours profondément.
La seule façon d'établir et de rétablir la pertinence de Radio-Canada, c'est en offrant une différence, un contenu distinct. Je ne parle pas ici de revenir aux Beaux-Dimanches. Tout le monde en parle peut s'inscrire dans un tel mandat...mais avec des dizaines de spots publicitaires en moins.
Quand un quizz de Radio-Canada nourrit le manque de culture, par exemple à la question "Qui a écrit "Les Misérables"?", la concurrente répond "Passe" parce qu'elle ne le sait pas, ça fait mal. Une autre fois, à la question "Quel est le nom de l'animateur d'Occupation Double en Afrique du Sud ?" et la concurrente le trouve à la seconde près, on reproduit la médiocrité.
On m'a critiqué car il y aurait trop de risques que le passage d'un gouvernement libéral minoritaire à un éventuel gouvernement conservateur fasse voler en éclat le financement de Radio-Canada et provoque de nouvelles compressions budgétaires comme on l'a vécu sous le gouvernement de Stephen Harper. Une telle réaction constitue ni plus ni moins un appel à l'inertie.
Enfin, on me qualifiera peut-être d'élitiste, mais je ne suis pas dans le camp de qui que ce soit. Je suis un libre penseur, dans le camp du rapport Yale, certes, mais avec beaucoup d'autres. Et nous sommes nombreux. Je suis dans le camp qui défend un service public fort!
Alain Saulnier
2 février 2020
dimanche 2 février 2020
mardi 7 janvier 2020
Anxiogène: qui produit l'anxiété, l'angoisse...comme l'information?
Anxiogène : qui produit l’anxiété, l’angoisse...comme l'information?
« Anxiogène,
se dit d’une situation ou d’un objet susceptible de mobiliser de l’angoisse (ou
de l’anxiété) chez un sujet » (Larousse)
(J’étais invité le 6 janvier à l’émission de
Pénélope McQuade à la radio de Radio-Canada pour répondre à la question
suivante : suivre trop l’actualité, n’est-ce pas favoriser l’anxiété,
l’angoisse, pousser les gens à devenir anxiogènes?)
Ma
réflexion sur le sujet.
L’information a toujours eu un caractère
anxiogène. La désinformation et les rumeurs encore plus.
La peur et l’insécurité sont toujours présentes
chez chaque individu, au sein de toutes les communautés, de toutes les sociétés
et nations.
Lorsqu’en 1962, on proposait des exercices de rassemblement
dans les écoles primaires durant la crise des missiles à Cuba entre l’URSS et
les États-Unis, on a bel et bien appris la peur de la catastrophe nucléaire aux
enfants.
Plus tard, cette peur s’installa au sein de la
population durant toute cette période de tensions nucléaires que nous avons
connue dans les années ‘70 et ’80. Elle s’estompa avec la signature des accords
SALT de limitation des armes nucléaires. Elle disparut presque complètement
avec l’effondrement de l’empire soviétique en 1989. Période anxiogène par
excellence. Mais, somme toute, justifiée.
Vinrent
les réseaux sociaux et l’explosion des informations
Ce qui caractérise le nouveau millénaire, c’est
la surabondance d’informations. L’arrivée des réseaux sociaux au milieu de
cette première décennie a complètement changé la donne.
Car les informations nous tombent dessus,
minute après minute. Pas étonnant dans un tel contexte que cela puisse rendre plusieurs,
craintifs, stressés et angoissés. Précisons que nous parlons ici de surabondance
d’information… et tout son lot de désinformation, faut-il le rappeler.
Nous n’avons jamais eu autant d’informations
qui envahissent nos vies. C’est ce qui rend l’actuelle période unique dans
l’Histoire de l’Humanité. Pas étonnant, qu’on qualifie la situation d’anxiogène.
Il n’est pas surprenant non plus de devenir angoissé
lorsque pour la première fois de l’Histoire contemporaine, nous avons un
imbécile, Donald Trump, qui dirige la plus importante puissance, les États-Unis
d’Amérique. Ces jours-ci, il cherche à nous entraîner dans une guerre inutile
contre l’Iran. Un scénario qui semble vouloir se répéter. Avant lui, Georges W.
Bush l’avait fait contre Saddam Hussein sous prétexte qu’il cachait de fameuses
armes de destruction massive. On les a cherché, cherché, en vain, ces armes.
Tout était faux.
Ça,
c’est le contexte, parlons maintenant du rôle des médias.
Depuis quelques décennies, les médias ont trop
voulu se démarquer en pratiquant ce que j’appelle l’inflation verbale,
l’enflure verbale. C’était leur façon d’accrocher le téléspectateur ou le
lecteur. Des manchettes parfois trop gonflées à l’hélium pour avoir de l’effet,
et pour concurrencer les médias compétiteurs et pour obtenir de bons résultats
de vente. C’est le propre du modèle d’affaires des médias jusqu’à ce jour.
Lorsque j’étais directeur général de l’information
des services français à Radio-Canada (2006-2012), le personnel va s’en
rappeler, j’avais écrit une phrase dans un document à utiliser si un grave événement
devait se produire dans l’actualité. C’était notre fameux « Code ORANGE ».
C’est ainsi qu’on l’appelait. Il s’agissait d’un guide à appliquer en situation
d’urgence. Chaque membre du personnel voyait sa liste des tâches définies et
bien précisées afin de faire face à l’événement (une prise d’otages, un
cataclysme majeur).
Or, j’avais pris la peine d’y inscrire ma
vision des choses dans ce genre de circonstances. J’y écrivais, « Rappelez-vous
toujours que la fin du monde n’est pas pour aujourd’hui et probablement pas
pour demain ». C’était ma façon à moi d’atténuer cette tentation qu’on
retrouve beaucoup dans la culture des médias à en donner plus que le client
n’en demande.
En fait, cette culture loge dans les salles de
presse en permanence. C’est aussi bien sur des sujets sérieux que sur les
prévisions du temps qu’il fera. Ainsi, à chaque bordée de neige en vue, on semble
souhaiter qu’elle se transforme en tempête du siècle. Et on s’énerve, et on
énerve inutilement le public, à mon avis.
Pourtant, rappelons-nous que l’information
comporte ce côté rassurant, essentiel à la cohésion sociale et à la vie en
communauté. À l’inverse, énerver démesurément les gens est loin d’être
sécurisant puisque cela nous éloigne de la nature bénéfique et fondamentale de
l’information.
La modération a bien meilleur goût
Comme le dit le slogan, « La modération a
bien meilleur goût ». Cette tendance à gonfler la gravité des événements
est un mauvais réflexe des médias. Cela a causé et cause toujours du tort au
journalisme. L’exagération ne mène nulle part. Ce qui est essentiel, c’est de
bien raconter les événements et les faits avérés qui ont un réel impact, sans
artifice, ni amplificateur. De parler de l’actualité en profondeur, en donnant
le meilleur contexte possible pour saisir l’importance qu’elle a. De faire du
journalisme qui aide à la compréhension du monde comme l’enquête, consacrer
tous les efforts à la validation des informations qui courent sur les réseaux
sociaux.
Longtemps, ce qui était le moteur des médias,
c’était la course à la nouvelle. Être le premier à annoncer une nouvelle. Or, les
médias ont perdu l’exclusivité de la course à la nouvelle. Twitter l’emporte
régulièrement.
En ce sens, les médias doivent revoir leurs
priorités, recentrer le rôle du journalisme. Se démarquer de ce que tout-un
chacun peut faire seul sur les réseaux sociaux. Offrir la valeur ajoutée des
journalistes, comme l’expertise, la capacité de bien expliquer les choses, de
mettre en contexte les informations
En fait, la meilleure façon d’éviter que le
public ne devienne trop angoissé, c’est de dire la vérité avec des faits
incontestables. C’est ce qui est rassurant dans une situation grave et
complexe, comprendre. Nous
voulons comprendre.
Par exemple, l’actuelle urgence climatique
doit certainement nous obliger à réagir. Les États doivent réagir, et vite. Malgré
les contre-discours des climato-sceptiques soutenus largement par le lobby du
pétrole. Or, la meilleure façon de mobiliser le public, ce sont les faits qui
s’appuient sur l’évaluation des scientifiques. En contrant la désinformation. Pas
en criant « À soir, on fait peur au monde », ni en contribuant au
déni.
Exposer les faits, clairement, sans retenue et
sans enflures. Il ne s’agit pas d’adoucir le portrait de la situation. Car il y
a urgence d’agir, mais de fournir des raisons d’y croire et de forcer les États
à réagir rapidement. À défaut de quoi, on démobilise, on rend les gens
impuissants.
Pour contrer l’angoisse et l’effet anxiogène,
le meilleur remède est la vérité. L’objectif n’est pas de « mobiliser de
l’angoisse », pour reprendre la définition du Larousse, mais mobiliser les
gens pour mieux comprendre et mieux maîtriser la situation.
Alain Saulnier
Professeur invité
Département de communication
Université de Montréal
samedi 30 novembre 2019
Les défis du nouveau ministre du patrimoine, Steven Guilbeault
Les défis du nouveau ministre du Patrimoine, Steven
Guilbeault
Plusieurs personnes ont critiqué la nomination
de Steven Guilbeault au ministère du Patrimoine. « Trudeau a caché
Guilbeault au Patrimoine», a-t-on écrit. « Il ne connaît rien au monde de la
culture et des médias, a-t-on entendu. » Un accueil froid, pour le moins.
Tournons la page. C’est fait, il est ministre
du Patrimoine. Prenons-en acte.
La balle est maintenant dans son camp. Son
principal défi est de devenir un ministre du Patrimoine qui laissera sa marque.
Mais comment?
Lors de la campagne électorale, le premier ministre
Justin Trudeau a annoncé qu’il s’engageait à réguler la relation de l’État canadien
avec les superpuissances numériques, les GAFAM (Google, Apple, Facebook,
Amazon, Microsoft). Le premier ministre voulait sans doute corriger le tir
depuis cette incroyable entente sans issue intervenue avec NETFLIX. Tout le
monde constate que les géants du web ont littéralement fait éclater en mille
miettes les règles du jeu de l’écosystème de la culture et des médias au pays.
Voilà donc un dossier immensément prioritaire
pour le nouveau ministre Guilbeault. Car il est urgent d’établir une solide
stratégie afin de contrer la domination culturelle des superpuissances
numériques. Américaines, faut-il le rappeler. Plus jeune, je qualifiais le tout
d’impérialisme culturel. J’ose encore.
Depuis plus de dix ans, notre culture et nos
médias en effet ont été bousculés sans ménagement par ces géants du web. Ils
dominent l’univers numérique, font fi des réglementations nationales, des
règles fiscales en vigueur et des droits d’auteur. Il faut agir vite.
Pour l’instant, le nouveau gouvernement a
annoncé une intention. Comment se concrétisera-t-elle ? Tout d’abord, Steven
Guilbeault peut en faire un engagement personnel et démontrer qu’il a la ferme conviction
de réussir. Assez de temps perdu.
Pour ce faire, il doit préciser sa vision et
une puissante stratégie afin de se réapproprier le contrôle des règles du jeu
avec les GAFAM. Imposer et faire partager cette vision avec ses collègues et
ses fonctionnaires.
Ainsi, il y a actuellement des discussions en
cours à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)
pour trouver un règlement international et enfin réguler la relation entre les
États et les superpuissances numériques. Le Canada a-t-il été, est-il un acteur
dans ces négociations ? Sommes-nous
à la remorque des initiatives déjà entamées ?
Plus de cent pays, dont le Canada, ont indiqué
qu’ils allaient se rallier à la solution que proposera l’Organisation de
coopération et de développement économique. Le premier ministre du Québec,
François Legault a aussi précisé qu’il attendait la solution proposée par cet
accord de l’OCDE avant que son gouvernement ne mette de l’avant ses propres
mesures.
Toutefois, sommes-nous certain que l’OCDE n’accouchera
pas d’une souris face à l’éléphant que constituent les géants du web ?
Comment être sûr du contraire? D’où la nécessité d’une implication du
ministre du Patrimoine canadien et de ses collègues au Conseil du Trésor, aux
Finances, au Revenu et au Commerce international. Une équipe de choc est
nécessaire pour participer à cette négociation.
Le Canada doit s’en préoccuper au premier
chef, en particulier pour protéger la culture francophone dans ses champs de
juridiction qui sont nombreux. Cela signifie que le ministre doit exercer un
véritable leadership dans cette opération. Y placer une personne de confiance afin
de suivre, pas à pas, toutes les négociations en cours. S’impliquer personnellement,
si nécessaire.
Au cours de la dernière année, c’est la France
qui a exercé un tel leadership en établissant unilatéralement une taxe de 3%
sur le chiffre d’affaires des géants du web. À plus petite échelle, le ministre
Leitao du gouvernement précédent à Québec avait déjà donné le ton au pays en
obligeant les géants numériques à payer la TVQ. Qu’attend le Canada pour
percevoir la TPS ?
Plus précisément, quel rôle le Canada
entend-il jouer au cours des prochains mois qui seront déterminants pour
trouver une solution et un programme global avec un véritable impact.
Dans de telles circonstances, nos deux paliers
de gouvernements devraient mettre de côté les contentieux Québec-Ottawa pour travailler
de concert dans ce dossier si important pour la culture francophone.
Autre dossier important, la révision de la loi
sur la radiodiffusion. Lors d’un débat électoral sur la culture et les médias
en septembre dernier, Pablo Rodriguez, alors ministre du Patrimoine, avait
indiqué qu’il entendait mettre en application les recommandations du rapport tant
attendu du groupe d’experts présidé par Janet Yale à cet effet. Tout le milieu
culturel et des médias est sur le qui-vive et attend impatiemment ces
recommandations afin l’espère-t-on, de redonner tout l’élan nécessaire.
Il y a lieu de s’attendre à ce que ce rapport
vienne redéfinir le paysage de la diffusion au pays. On le souhaite. Car désormais,
tous les médias et diffuseurs de contenus sont numériques, sur un pied
d’égalité. Il n’existe plus de frontières entre les médias sur le territoire
numérique. Pas plus que de distinction entre les chaînes vidéo spécialisées
accessibles par la câblodistribution et les chaînes sur You Tube.
De leur côté, les superpuissances numériques
refusent de reconnaître l’autorité des États sur les territoires nationaux. Des
outils indispensables à la culture et aux médias comme le Fonds des médias du
Canada manque de ressources.
Par ailleurs, ce rapport risque de provoquer
d’importants changements, positifs on l’espère, dans la définition des mandats
du CRTC, de Radio-Canada/CBC, ou encore du Fonds des médias en cette ère
numérique.
C’est tout l’écosystème culturel et médiatique
qui devrait être touché par la prochaine refonte de la loi sur la diffusion au
pays. Rappelons que l’actuelle Loi sur la radiodiffusion adoptée en 1991, est
toujours en vigueur. C’était bien avant la naissance des géants du web et leur
suprématie dans l’univers numérique.
Encore là, Steven Guilbeault peut exercer un solide
leadership afin d’adopter les bonnes règles du jeu et doter le pays d’outils performants
afin de faire rayonner notre culture,
ici et dans le monde. Soutenir les créateurs, les producteurs, les diffuseurs,
les auteurs et autrices des milieux du livre et de la musique afin que cette
culture trouve sa place et son compte dans l’univers numérique.
Pour ce faire, le ministre doit assurer qu’une
nouvelle réglementation entre en vigueur. Avec son gouvernement, il lui faudra
établir des mesures fiscales d’équité pour tous les médias et diffuseurs, aussi
bien nationaux qu’internationaux. Également protéger les droits d’auteur qui
échappent trop au monde de la création, de la production, de la diffusion et de
la distribution. Une grande corvée s’impose.
Bref, le nouveau ministre Steven Guibeault doit
être un premier de classe. Il peut se distinguer. À lui de jouer.
Alain Saulnier est professeur invité au
département de communication de l’Université de Montréal
jeudi 31 octobre 2019
Transparence nécessaire pour les nouveaux modèles d’affaires des médias
Transparence
nécessaire pour les nouveaux modèles d’affaires des médias
Les médias ont vécu une année très difficile
en 2019.
Le Groupe Capitales Médias est engagé dans un
processus de recherche pour des repreneurs potentiels pour Le Soleil, Le Droit,
La Tribune, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est et Le Quotidien. Nous devrions
connaître le dénouement de cette opération d’ici le 27 novembre prochain.
Il faut saluer l’initiative significative
« Je coopère pour mon journal » mise de l’avant par le personnel des médias
concernés et leurs syndicats. Ces campagnes de solidarité suscitent un puissant
engagement des citoyens et des citoyennes qui démontrent ainsi leur attachement
à leurs médias. Certains de ces médias régionaux profitent également d’un appui
solide de leur milieu.
De son côté, La Presse+ poursuit la
construction pérenne de son OBNL en misant là aussi sur un complément de
financement provenant des dons de leurs lecteurs et lectrices. Un optimisme prudent
semble prévaloir mais le défi est de taille. C’est que les revenus
publicitaires poursuivent leur chute au profit des superpuissances numériques
comme Google et Facebook. Près de 80% des revenus numériques sont aujourd’hui
détournés vers ces géants américains.
Quant au quotidien Le Devoir, il poursuit une
tradition de philanthropie établie depuis quelques années déjà avec « Les
Amis du Devoir ». Une formule qui complète bien un modèle où l’abonnement
a fait ses preuves.
Un peu
d’air frais
L’aide aux médias mise en place par le
gouvernement québécois donne un peu d’air frais à tous ces médias. On attend
que le gouvernement fédéral nouvellement réélu concrétise une aide annoncée il
y a près d’une année par le ministre des Finances Bill Morneault. Avec cet
appui, les médias pourront développer des stratégies de développement à moyen
et long terme.
Toute cette effervescence a donné lieu à une
prise de conscience de l’importance d’une presse libre et indépendante dans
toutes les régions du Québec. Il faut s’en réjouir. Nous en avions bien besoin.
Les espoirs nourris par l’exemplaire détermination du milieu journalistique
n’auront pas été vains.
La
transparence devient plus nécessaire que jamais
Enfin, j’aimerais soulever une préoccupation intimement
liée aux nouveaux modèles de propriété envisagés. Ces modèles devront en effet afficher
la plus grande transparence auprès du public. Il est rassurant de pouvoir
obtenir l’appui financier de donateurs. C’est une note d’espoir.
En revanche, un nouveau problème pourra
survenir. Nous devons exiger que tous ces nouveaux modèles d’affaires dévoilent
leurs informations sur leur financement. Il ne faudrait pas assister à une situation où les médias ne seront pas
transparents. Qui sont les donateurs ? Y a-t-il des lobbys qui se cachent
derrière ces dons ? Quelles sont les règles des conseils d’administration
et de gouvernance ? Rappelons-nous que les journalistes ont largement
contribué à lutter contre le financement occulte des partis politiques, il ne
faudrait pas voir émerger un financement occulte des médias.
Voilà l’obligation des médias et de leurs
modèles d’affaires en retour d’une aide gouvernementale. Que les noms des
membres des conseils d’administration soient connus. Qu’une liste des donateurs
soit publiée chaque année.
Ces mesures constitueraient une garantie de
plus que nos médias demeurent libres et indépendants dans les nouvelles
formules de modèles d’affaires.
Alain Saulnier
Professeur invité
Département de communication
Université de Montréal
31 octobre 2019
mercredi 23 octobre 2019
Les GAFAS dans la mire au lendemain de l'élection du Parti Libéral
J'aimerais partager avec vous cette réflexion.
Tout d'abord, je crois que le milieu de la culture et des médias peut se réjouir que le parti conservateur dirigé par Andrew Scheer ait connu une mauvaise campagne électorale, en particulier au Québec et en Ontario.
L'élection d'un gouvernement minoritaire dirigé par Justin Trudeau ouvre plusieurs facettes intéressantes:
1) Ce dernier a promis de s'attaquer aux GAFA, et ce, après toutes les hésitations que nous avions connues depuis 2015 (Pas de taxe Netflix...). Même Mélanie Joly a fait son acte de contrition...
2) Pablo Rodriguez, lors du Grand débat sur la culture et les médias le 18 septembre (organisé par le département de communication de l'UdeM, l'École des médias de l'UQAM, le Pôle Médias des HEC et Culture Montréal), et Justin Trudeau le 29 septembre, ont annoncé qu'ils écouteraient attentivement les recommandations que leur soumettra le groupe d'experts présidé par Janet Yale, avec les membres Monique Simard et Pierre Trudel. C'est un engagement noté par tous et toutes. Il faudra le leur rappeler.
3) Tous les partis dont le Bloc Québécois avaient endossé le principe de la régulation des superpuissances numériques (GAFA) durant cette campagne électorale. Donc, il ne devrait pas y avoir d'opposition à la Chambre des Communes.
4) Cela signifie également que le gouvernement du Québec pourrait lui aussi aller de l'avant et prendre sa part du boulot à accomplir. Encore là, il faut maintenir la pression.
5) Emmanuel Macron a même tweeté qu'il avait hâte de s'attaquer à la "régulation de l'espace numérique" avec Justin Trudeau. Nous ne sommes pas seuls...
6) Et l'OCDE doit se pencher sur ce dossier en 2020.
Bref, nous avons contribué à faire avancer ce dossier comme jamais auparavant. On ne peut que s'en féliciter. Les astres sont mieux alignées. La prochaine étape est de pousser sur ce gouvernement afin qu'il établisse rapidement un calendrier avec un échéancier précis pour accomplir ce travail.
Alain Saulnier
professeur invité
département de communication
Université de Montréal
mardi 27 août 2019
Mon mémoire à la commission parlementaire sur l'avenir des médias
Mémoire déposé à
la Commission de la culture et de l’éducation
Notes sur
l’auteur
Alain Saulnier est professeur invité au département de communication de l’Université de Montréal. Il y est actuellement directeur par intérim du programme de DÉSS en Journalisme. Auparavant, il a été journaliste durant plus de trente ans. Il a également consacré une grande partie de sa carrière à militer pour un journalisme de qualité au Québec, tant au sein des entreprises de presse qu'au sein des organisations professionnelles de journalistes. Ainsi, c'est sous sa présidence à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) qu'a été adopté le premier Guide de déontologie de la profession journalistique au Québec.
Après avoir
été journaliste et réalisateur dans plusieurs émissions d'information à la
télévision, Alain Saulnier a dirigé le service d'information radio de
Radio-Canada à compter de 1999, puis l'ensemble des services français
d'information de 2006 à 2012. Comme
directeur général, il a proposé au service de l'information de Radio-Canada une
vision misant sur le journalisme d'enquête, ce qui a contribué à lever le voile
sur les scandales dans l'industrie de la construction au Québec, sur la
corruption, sur le financement occulte des partis politiques et d'autres sujets
importants. C’est sous sa direction que l’émission Enquête a été créée.
Depuis septembre
2012, Alain Saulnier enseigne le journalisme à l'Université de Montréal pour le
programme de DESS en journalisme. En septembre 2013, il est aussi devenu
producteur délégué de l'émission Arrêt sur le monde, produite par le
CÉRIUM (Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de
Montréal) et diffusée à Savoir Média.
En novembre
2014, il a publié Ici ÉTAIT Radio-Canada
aux Éditions Boréal, un livre qui a eu un impact important sur l'avenir du
diffuseur public. Une édition anglaise, Losing our voice, Radio-Canada under
siege, a été publiée en 2015. Il a également contribué à plusieurs ouvrages
collectifs sur le journalisme.
Il a assumé
la direction des contenus au magazine du journalisme Le Trente de 2015 à 2017. Il est aujourd’hui conseiller auprès du
Groupe de recherche universitaire sur la radicalisation menant à la violence et
les médias, sous la direction de Solange Lefebvre.
Alain
Saulnier est un expert reconnu et un commentateur en journalisme et médias dans
plusieurs émissions et publications au Québec. Il siège aux conseils
d’administration du journal Le Devoir et du Groupe, Femmes, Politique et
Démocratie.
__________________________________________________________
Introduction
Dans un premier temps, il nous faut considérer
que la culture et les médias sont indissociables, l’un de l’autre.
L’information et la culture font face aux mêmes défis et enjeux liés à
l’univers numérique dominé par les superpuissances du web.
Dans ce mémoire, il m’apparaît essentiel de
dresser un portrait global de ces enjeux.
À mon avis, il n’est plus possible de tenter de
résoudre les problèmes, un à un, selon le palier de gouvernement auquel nous
faisons référence. La répartition des pouvoirs entre le gouvernement du Québec
et celui du Canada ne doit pas constituer un obstacle pour développer une
stratégie globale afin de protéger la culture et les médias du Québec.
Le gouvernement du Québec possède trop peu de
pouvoirs pour contrer l’omnipuissance des géants du web et les enjeux de l’ère
numérique afin d’assurer une protection de nos médias et de notre culture.
Les pouvoirs qui relèvent du gouvernement fédéral
échappent donc au contrôle du gouvernement québécois. Néanmoins, les deux
paliers de gouvernement devront conjuguer leurs efforts pour une stratégie
globale. C’est la raison pour laquelle je soulignerai tout au long de ce
mémoire que le gouvernement québécois doit presser celui d’Ottawa à mettre fin
au laxisme ambiant à l’égard des superpuissances numériques étrangères pour
mener à bien une stratégie globale puissante. Ainsi, je soulignerai tous les
champs d’action sur lesquels le gouvernement du Québec doit agir ou presser le
gouvernement fédéral à s’inscrire dans une politique adéquate dans les champs
de compétence fédérale.
La
cohabitation avec les superpuissances numériques
Le 3 mai dernier, l’Assemblée Nationale adoptait
à l’unanimité une motion demandant au gouvernement québécois d’orienter ses
investissements publicitaires vers les médias québécois. Une manière d’éviter
de nourrir davantage les réseaux sociaux comme FACEBOOK.
C’est qu’au fil des ans, les gouvernements
québécois et canadien ont malheureusement privilégié le géant du web FACEBOOK
pour leurs investissements publicitaires. Cela a eu des conséquences
importantes sur nos médias.
Nos gouvernements ne font que suivre la vague.
Les superpuissances du web établissent leur hégémonie sur l’ensemble du
territoire. Laissés pour compte, les médias voient leur modèle d’affaires
traditionnel leur échapper au profit de Google et Facebook qui accaparent plus
de 70% des recettes publicitaires, selon l’étude « Le miroir éclaté »
publié en janvier 2017.
En 2019, on parle plutôt de
80%.
Autre réalité, depuis dix
ans : 71% des Canadiens francophones de moins de 35 ans et 55% tous âges
confondus se tournent vers Facebook comme porte d'entrée vers l'information,
selon le Digital News report Canada 2017. [10]. Le déclin de nos
médias locaux et nationaux s’annonce pour l’avenir plus important qu’on ne le
croyait.
Le géant du web Facebook prétend
offrir la visibilité aux textes et reportages des journalistes de nos médias,
mais s’approprie du même coup des revenus publicitaires. Quant aux droits
d’auteur, on repassera.
Tout récemment, un nouveau joueur
est débarqué sur le terrain de jeu des médias, Apple News, qui offre une
vitrine d’informations provenant de nos médias nationaux…et locaux. « Si
vous ne pouvez pas les battre, rejoignez leurs rangs », se sont dits les
médias participants. On verra si ce partenariat sera équitable pour les médias
qui ont décidé de les rejoindre. Nul média n’est à l’abri des tentacules des
superpuissances du web.
Le déclin des médias
Devant l’affaiblissement de leur
modèle d’affaires, les médias n’ont pu faire autrement que de restructurer
leurs entreprises. 43% des emplois du secteur des médias ont été perdus entre
2009 et 2015 ! Il n’est pas exclu que nous assistions à la disparition
prochaine de certains quotidiens tant le modèle d’affaires est culbuté par les
géants du web. Certains ont abandonné le papier, se tournent vers la
philanthropie et presse les gouvernements de leur offrir de l’aide pour opérer
la transition numérique. Tous cherchent la recette miracle.
L’autre conséquence de l’emprise
des superpuissances numériques telle que Facebook, c’est la prolifération de
fausses nouvelles. Par son emprise sur le web, Facebook est en train de gagner
la guerre de l’information …et de la désinformation au détriment des médias
locaux et nationaux.
Or, cette offensive n’est pas à
la veille de se terminer.
Les grands réseaux écrasent tout
sur leur passage. Le nombre d’utilisateurs augmente sans cesse.
Et on se dirige droit vers un mur
car Le Devoir titrait en juin 2018 que 90% des 18-34 ans s’informaient surtout
sur les plateformes numériques. La bataille est-elle perdue ?
Les superpuissances numériques étrangères
Ce phénomène touche tout le monde,
comme en témoigne ce tableau : 1,5 milliard d’utilisateurs par mois
passent par You tube pour s’informer et avoir accès à des contenus culturels en
vidéo. 2,3 milliards d’utilisateurs par mois pour Facebook qui a ajouté, lui
aussi, un volet vidéo à son offre de contenus.
Que pouvons-nous faire devant une telle
puissance ?
Si notre stratégie pour contrer les dégâts causés
par les superpuissances numériques est de chercher des solutions, parcelle par
parcelle, région par région, nous n’en viendrons pas à bout. Certes, des
mesures ponctuelles aideront, mais ce sera insuffisant. On ne panse pas une blessure ouverte avec un simple sparadrap.
C’est un fait reconnu, les superpuissances
numériques ne font pas de quartier et c’est loin d’être fini.
Le prochain tableau démontre l’explosion des
chiffres d’affaires des grandes superpuissances en même temps que ces dernières
marginalisent nos médias et notre culture :
Avec un total de 800 milliards de chiffres
d’affaires, les membres du GAFAM possèdent d’immenses fortunes, plus
importantes que le produit national brut de plusieurs États dans le monde. En
fait, c’est l’équivalent du PNB combiné de la Belgique et de la République
Tchèque.
La
question qui tue : « Sommes-nous de taille pour mener un tel combat ? »
À cette question, je réponds oui. Par contre,
nous devrons développer une stratégie et une politique globale pour réussir. Il
est impossible de faire fi de la puissance des géants numériques. En revanche,
il est essentiel de trouver les bonnes formules de cohabitation. Pour
l’instant, les véritables propriétaires d’internet, ce sont ces quatre géants
qu’on appelle GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). 55% de la vie numérique
passe par ces quatre géants.
[11]www.ppforum.ca/fr/publications/le-miroir-%C3%A9clat%C3%A9-nouvelles-d%C3%A9mocratie-et-confiance-dans-l%E2%80%99%C3%A8re-num%C3%A9rique
[12]http://www.ledevoir.com/societe/medias/513401/la-presse-ecrite-en-peril-le-gouvernement-trudeau-doit-agir
[13] http://affaires.lapresse.ca/economie/marketing-et-publicite/201612/12/01-5050771-depenses-publicitaires-ottawa-priorise-le-numerique.php
[14] http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/508732/lexique-fiscal-de-la-culture-numerique
Il faut une
stratégie globale de tous les paliers de gouvernement pour cohabiter avec les
superpuissances numériques
Voici quelques recommandations pour le Gouvernement du
Québec
- Établir des règles d’équité fiscale
- Assujettir les puissances numériques étrangères aux
taxes et percevoir les impôts qui sont redevables sur le territoire québécois
- Aide à la presse régionale et nationale :
mesures financières pour favoriser la transition vers le numérique
- Favoriser les Investissements publicitaires dans les
médias locaux et nationaux plutôt que sur Facebook
- En éducation : offrir dans toutes les régions
du Québec des formations d’éducation aux médias et à l’information dans le
cadre de cours à la citoyenneté des jeunes du niveau secondaire. Cette formation
est également destinée à se prémunir contre les fausses nouvelles. Voir le
projet développé par la FPJQ : https://www.sciencepresse.qc.ca/education-aux-medias
- Travailler de concert avec l’Organisation de la
Francophonie afin de favoriser le rayonnement de nos médias et de notre
culture.
- Collaborer en particulier avec nos partenaires
européens en vue de recenser les meilleures pratiques d’encadrement des
superpuissances numériques ailleurs dans le monde.
Enfin, toute stratégie globale ne peut se faire qu’en
coordonnant l’action de tous les paliers de gouvernements. Québec, Ottawa
doivent travailler ensemble afin de conjuguer leurs efforts sur les plans
fiscal et législatif de même qu’en matière de règlementation de la diffusion
numérique.
Les principes
directeurs
1. Réhabiliter la souveraineté culturelle
du Canada et du Québec dans le nouvel environnement numérique dominé par les
puissances étrangères du web. C’est là, notamment, le plus important défi pour
la future loi sur la diffusion au Canada.
2. Mettre en application la politique
culturelle du Québec adoptée en 2018.
3. L’exception culturelle francophone au
Canada et en Amérique doit être solidement protégée dans ce nouvel écosystème
dominé par les superpuissances numériques. Des accords internationaux sont nécessaires
pour maintenir cet espace obtenu lors des négociations au sein de l’UNESCO en
juin 2005.
4. De fortes actions doivent être prises
afin de faire rayonner notre culture et favoriser l’exportation de nos
créations partout dans le monde.
5. Internet
doit désormais être considéré comme un service essentiel pour la vie
démocratique en information et en culture dans toutes les régions du Québec.
6. Réguler la tarification des accès de
services internet sur l’ensemble du territoire québécois.
7. Le principe de dualité linguistique
doit faire partie intégrante de la future loi sur la diffusion au Canada et
tenir compte des spécificités du marché francophone.
8. Une attention particulière doit être
accordée aux cultures autochtones partout au Québec dans un esprit de
rattrapage et de réparation.
9. Le Québec doit soutenir l’autorité règlementaire
du CRTC sur tous les modes de diffusion et de distribution sur le territoire
canadien. Dérèglementer le secteur des médias et des communications serait une grave
erreur. Plusieurs grands joueurs de la câblodistribution au Canada militent en
ce sens.
10.
Le gouvernement du Québec doit encourager le
gouvernement canadien à soutenir et renforcer Radio-Canada comme diffuseur
public au pays.
11.
De même, le gouvernement du Québec doit renforcer la
mission de Télé-Québec sur tout le territoire, dans toutes les régions, afin de
faire rayonner la culture.
12.
Nos diffuseurs publics doivent mieux préciser leurs
mandats afin qu’ils deviennent de solides remparts pour contrer les géants du
web tout en distinguant des médias privés en matière d’information et de
culture. Planifier une stratégie de retrait progressif de la publicité des
services publics afin de mieux appuyer le modèle d’affaires du secteur privé
des médias. En retour, on peut s’inspirer des formules de redevances développées
ailleurs dans le monde.
13.
Le gouvernement du Québec doit soutenir les droits
d’auteur et la propriété intellectuelle. Un défi pour soutenir la création ici
au pays.
14.
Assurer la protection des données personnelles qui
sont sous contrôle des superpuissances du web.
15.
Affirmer la neutralité du WEB.
16.
Nos lois et règlements doivent fournir un certain
contrôle sur les algorithmes, l’intelligence artificielle, ainsi que favoriser
la « découvrabilité » de nos
contenus.
17.
Sur le plan politique, les gouvernements du Canada et
du Québec doivent favoriser les alliances au sein de la Francophonie et faire
rayonner la culture francophone à l’étranger.
18.
Enfin, le consensus est clair: il faut établir une
équité fiscale entre les superpuissances du web et les entreprises d’ici. Ce défi
appartient aux deux paliers de gouvernements, provincial et fédéral.
Beaucoup de pain sur la planche…
Alain Saulnier, 6 mai 2019
Professeur invité
Département de communication
Université de Montréal
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