jeudi 2 juillet 2020

Trop tôt pour un bilan, quoi que...

Premier constat, nous n'étions pas prêts
Il est trop tôt pour dresser un bilan, quoi qu'il ne l'est pas pour y aller d'une analyse plus en profondeur. Car la réalité saute aux yeux: nous comptons au Québec les deux tiers des morts de la COVID-19 au Canada. Pourtant, on y retrouve moins du quart de la population. Alors, pourquoi?
Nous n'étions pas prêts, voilà tout.

Deuxième constat: le gâchis des CHSLD
On ne compte plus les morts dans les CHSLD. Au départ, la seule stratégie pour combattre la COVID-19 visait à protéger les hôpitaux. On redoutait que les hôpitaux ne soient débordés. Il fallait aplatir la courbe pour protéger les hôpitaux. C'est là qu'on attendait la vague.
L'attaque de la COVID-19 n'est pas venue de ce côté. Le coronavirus a plutôt frappé de plein fouet nos institutions les plus vulnérables, les CHSLD. On aurait d'ailleurs pu parler de chronique d'une mort annoncée.
En effet, depuis plus de vingt ans, les gouvernements successifs ont sabré dans les budgets destinés aux CHSLD. On a même démantelé le modèle institutionnel des CHSLD pour donner un plus grand espace à l'entreprise privée. Au nom de l'obsession de la Droite pour le déficit Zéro, on a réduit les allocations budgétaires, année après année. S'ensuivirent une dégradation des conditions de travail du personnel et un sous-financement des établissements.
Avant la crise sanitaire, travailler comme préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD, c'était déjà aller au combat sous-équipé. La COVID-19 a agit comme le détonateur d'une bombe qui a éclaté, causant le désastre que l'on connaît. Conséquemment, les deux tiers des personnes décédées sont mortes seules, quasi abandonnées dans un CHSLD ou une résidence pour aînés, sans qu'un proche ou un employé puisse même leur tenir la main. Un gâchis, total. Une honte comme société. Rien de moins.
Le seul baume, c'est qu'on a enfin donné de meilleurs salaires au personnel. Ces travailleurs et travailleuses pour la plupart d'origine immigrante, ont enfin été reconnus comme "des nôtres", après tant de dévouement et de travail.
Le bilan est lourd, car personne à la santé publique et au gouvernement n'avait prévu la situation dans les CHSLD et encore moins planifié une stratégie adéquate pour y faire face. Un véritable gâchis. Nous n'étions pas prêts.

Troisième constat: les journalistes et les stratégies de communication
Le mentor des journalistes de ma génération, Florent Sauvageau, écrivait dans Le Devoir (29 mai 2020) "Je ne me souviens pas d’un conflit ou d’une crise où les médias ont à ce point joué leur rôle de témoins d’une actualité incertaine et angoissante et de serviteurs de la démocratie."
Il est vrai que les journalistes ont rapidement bien saisi leur rôle. D'une part, par une présence soutenue au coeur de la communication entre l'État et les citoyens. Mission accomplie. Les journalistes ont aussi servi l'intérêt public par des reportages facilitant une meilleure compréhension des enjeux reliés à la COVID-19.
En revanche, dès les premiers jours, des citoyens se sont mis à sermonner les journalistes lorsqu'ils et elles ont émis des points de vue trop critiques et posé des questions plus serrées au triumvirat, le premier ministre François Legault, la ministre de la santé, Danielle McCann, et Horacio Arruda, le grand responsable de la Santé publique.
Déstabilisant pour les journalistes, tout ça. Sur Twitter et Facebook, plusieurs internautes sont même allés jusqu'à placer les journalistes dans le camp de l'ennemi. Pourtant, garder l'esprit critique, n'est-ce pas à la base du métier de journaliste?
De superbes reportages ont été produits. Des journalistes se sont rendus sur place, dans les CHSLD, pour constater les dégâts, tout en donnant un véritable coup de main. Chapeau!
D'autres, ont recensé tout ce qui se faisait ailleurs dans le monde et ce qu'écrivaient les scientifiques dans les revues médicales. Mettre les choses en perspectives, n'est-ce pas aussi le rôle des journalistes?
Plus tard, les journalistes les plus courageux ont osé remettre en question la stratégie du gouvernement et celle de son communicateur en chef Horacio Arruda. Ces journalistes ont été cloués au pilori sur les réseaux sociaux. Comment pouvait-on oser toucher au premier ministre et à son équipe? Honte aux journalistes, semblaient clamer plusieurs.

Il reste qu'on peut aussi formuler des critiques sur le travail des médias et des journalistes. La première, c'est qu'on n'a pas accordé suffisamment de place aux journalistes scientifiques. Pourtant leur expertise est déterminante dans ce genre de situation. Où étaient-ils lors des points de presse quotidiens? N'aurait-il pas été souhaitable d'entendre les questions de journalistes-experts lors des points de presse en plus des journalistes parlementaires de la Tribune de la presse à l'Assemblée Nationale?
Par conséquent, la stratégie quotidienne de communication du triumvirat a occupé beaucoup trop de place dans l'espace médiatique, mettant ainsi les journalistes et les médias trop à la remorque des points de presse. Le poids des chiffres et des statistiques quotidiennes ont occupé tout le terrain. Or, trop collé sur l'arbre, on ne distingue pas très bien la forêt derrière.
Le fait de tenir ces conférences à la Tribune de la presse a aussi placé l'analyse et les questions des journalistes dans le champ de la communication gouvernementale. Par conséquent, trop peu de place a été accordée aux experts que sont les journalistes scientifiques. On les a ignorés. Il aurait été opportun de les inclure dès le début à la Tribune de la presse. Selon mes informations, on n'a pas voulu leur faciliter l'accès à la tribune de la presse. C'est regrettable. Imaginez combien nous aurions été mieux informés si, en plus des journalistes de l'Assemblée Nationale, nous aurions pu compter lors des points de presse sur la présence sur place de journalistes scientifiques de l'Agence Science Presse, ou d'autres, par exemple, des émissions scientifiques de Radio-Canada.

Dans une telle stratégie de communication, les journalistes n'ont pas pu suffisamment aborder le questionnement fondamental sur l'Après. Par exemple, approfondir le lien entre l'environnement et l'apparition de ce virus mortel. Et donc, parler de "l'Après COVID-19".
Il nous faut privilégier du journalisme plus critique et plus en profondeur.

Quatrième constat, la crise des médias et la COVID-19
La crise du coronavirus a fait s'effondrer ce qui restait du modèle d'affaires déjà ébranlé de nos médias québécois. Tous, certains plus que d'autres, y ont perdu des sommes importantes, les obligeant à effectuer des mises à pied et des compressions de dépenses. Pendant ce temps, les géants du web comme Google, Apple, Facebook et Microsoft ont engrangé des revenus importants. Ainsi, pour la même période en 2019, Facebook a doublé ses bénéfices dans le premier trimestre de 2020, soit la période où a frappé la COVID-19. De janvier à la fin mars, Microsoft a réalisé d'importants bénéfices. Tout comme Google/Alphabet et Apple, les superpuissances numériques américaines ont toutes profité de la dépendance numérique accrue de la population confinée à la maison.



Du côté des médias, on attend toujours l'aide financière promise par le gouvernement fédéral à l'automne... 2018! De plus, le Canada n'a toujours pas de plan stratégique clair afin d'obliger les géants du web à verser leur juste part d'impôts dans les coffres de l'État. C'est aussi l'attentisme à l'égard des négociations de l'OCDE qui ont été ralenties par...la COVID-19. Le Canada et le Québec s'en remettent à une solution négociée sur le plan international plutôt que d'attaquer de front le GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). L'OCDE avait promis d'accoucher d'une formule de régulation des superpuissances numériques avec les États membres avant l'été 2020. On connaît la suite.

Conclusion
Au tout début de la crise sanitaire, on entendait tout le monde dire, que ce virus était un avertissement que nous lançait la planète. Tout le monde reprenait en choeur, "les choses ne doivent plus jamais être pareilles".
Or, aujourd'hui, il n'en est rien.
La seule stratégie de sortie de crise des autorités gouvernementales, semble être de relancer l'économie à tout prix. Redémarrer la consommation, les activités économiques, le transport aérien, avec en prime, le retour en force de la pollution. Le projet de loi 61 de la CAQ aurait écarté les mesures trop contraignantes sur le plan de l'environnement afin de favoriser la "reprise" économique.
On déconfine, on relance l'économie, mais pour faire quoi?
Faire comme avant la COVID-19?
S'agit-il de relancer l'économie à tout prix, ou de repenser notre relation avec l'environnement, revoir notre mode de vie où la surconsommation détruit la biodiversité sur la planète? Faut-il vraiment avoir comme seul indice d'évaluation, celui de la croissance? Et si on devait oser envisager la décroissance comme remède?
Quelle est la stratégie pour "réinventer" notre mode de vie, de consommation et de production? Faire preuve de "créativité"?  Faire comme si de rien n'était?

Alain Saulnier
professeur invité
département de communication
Université de Montréal

vendredi 12 juin 2020

Intimidation ou liberté d'expression? À ne pas confondre.

Intimidation ou liberté d'expression?
Le tribunal a rendu une décision dans cette cause qui impliquait d'une part, le leader du groupe d'extrême-droite Atalante, Raphaël Lévesque, et d'autre part, Simon Coutu, alors journaliste chez Vice Québec.
Rappelons les faits.
Le 23 mai 2018, Raphaël Lévesque était entré avec cinq collègues d'Atalante, masqués, de solides gaillards, dans la salle de presse de Vice Québec pour faire un coup d'éclat (parler et chanter à haute voix, lancer des tracts) et ainsi intimider le journaliste Simon Coutu. Ce dernier avait déjà produit plusieurs reportages sur le groupe d'extrême-droite. Des images de cette irruption dans la salle de presse de Vice Québec ont d'ailleurs été tournées.
Surprise! Dans son jugement, la juge Roy n'y a pas vu de l'intimidation. Comme le rapporte le journaliste Michaël Nguyen du Journal de Montréal, la juge Roy a précisé que, selon elle, le meneur d’Atalante, Raphaël Lévesque, « n’avait fait qu’exprimer sa liberté d’expression ». Euh, pardon?
Voyons donc! Depuis quand, peut-on confondre ainsi intimidation et liberté d'expression?
De son côté, Paul Journet de La Presse+, écrivait sur Twitter: "Par curiosité, comment aurait réagi la magistrature si un groupe d'extrême-droite avait fait irruption, visage masqué, dans le bureau d'une juge pour lancer des tracts et dire "merci de partir la guerre" ?
Parenthèse.
Définition de l'intimidation: "action d'intimider volontairement, menace, pression. Des manœuvres d'intimidation."
(Le Petit Robert)
Fin de la parenthèse
Ce jugement est aberrant. Une salle de presse doit être protégée de toute intrusion d'individus qui cherchent à exercer des manoeuvres d'intimidation, du "bullying" envers les journalistes. Plusieurs cas d'intimidation ont eu lieu dans des salles de presse au cours des dernières années.
C'est dangereux. Un tel jugement peut constituer une invitation pour d'autres personnes ou groupes à agir de la sorte en se sachant à l'abri de poursuites.
La Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) doit en appeler de ce jugement.

samedi 9 mai 2020

Culture et médias. Les gagnants et les perdants de la pandémie

Culture et médias
Les gagnants et les perdants de la pandémie

La nouvelle m’a fait sourciller, le gouvernement fédéral s’apprête à détailler comment le montant de 500 millions de dollars destiné à soutenir la culture en période de crise du coronavirus allait être attribué. Du coup, il fait une mise en garde, il n’y aura pas de retour à la normale avant …2021.  C’est donc trop peu.
Nous savions que tout l’écosystème de la culture et des médias était déjà sévèrement ébranlé depuis les deux dernières années. Or, la crise du COVID-19 a précipité sa chute.
Il y a quelques jours, plusieurs médias ont lancé un cri d’alarme afin que toute l’aide nécessaire annoncée depuis trop longtemps, soit enfin débloquée.
De son côté, tout le milieu culturel et l’industrie culturelle lançaient eux aussi un appel à l’aide. Ce sont des milliers d’emplois qui sont en jeu tandis que les artistes et les créateurs seront confinés… au chômage, chez eux.

La pandémie fait des géants du web, des heureux
Dans la même semaine, le géant américain du web, Alphabet, maison-mère de Google annonçait que son bénéfice net s’établissait à 6,8 milliards de dollars au premier trimestre, contre un peu moins de 6,7 milliards pour la même période, il y a un an.
Nous savions déjà, depuis janvier dernier, qu’Alphabet/Google était devenu la quatrième entreprise américaine à dépasser les 1000 milliards de dollars en valeurs boursières à Wall Street. Elle rejoignait ainsi les autres superpuissances américaines du numérique, APPLE, Microsoft et Amazon.
Autre bonne nouvelle pour l’autre géant, Facebook, qui faisait état le 29 avril que son chiffre d’affaires pour le premier trimestre avait atteint 17,7 milliards de dollars, « malgré une baisse des recettes publicitaires fin mars liée à la crise du coronavirus, et a ainsi rassuré le marché », écrivait l’AFP. « Faut-il pleurer, faut-il en rire », comme le disait la chanson de Jean Ferrat ?
Décidément la pandémie va bien aux géants du web. Il faut dire que le confinement et la distanciation sociale ont amené près de trois milliards de personnes à utiliser au moins une fois par moi l’une des plateformes du groupe (Facebook, Instagram, What’sApp et Messenger).
Il en est de même pour You Tube, propriété de Google, dont les revenus ont bondi de 33%. La meilleure façon de socialiser à distance dans ce confinement, c’est par la communication et l’accès à l’information et à la culture de façon virtuelle. Les outils sont parfaitement dessinés par les superpuissances américaines pour créer une dépendance qui laissera des traces importantes.
Il y a d’autres gagnants dans cette pandémie. Les confinés se sont rués sur Netflix qui compte désormais 183 millions d’abonnés. Au Royaume-Uni, Netflix est devenu en mars dernier la chaîne la plus suivie. Et distanciation sociale oblige, un petit nouveau, ZOOM, s’est solidement implanté dans l’univers des appels conférences et des cours universitaires à distance.

Le gouvernement canadien doit passer à l’action
Si les géants américains du web consolident leur emprise sur le territoire canadien, il n’en va pas de même pour l’écosystème de la culture et des médias qui poursuit sa chute à toute vitesse. Par conséquent, n’est-il pas urgent de passer à l’action?
Nous avons bien compris que le plan de "relance" prévu pour la culture éviterait de heurter les sensibilités des géants américains du web. Justin Trudeau l’a précisé lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, dimanche dernier. Ne nous faisons pas d’illusion, il n’est pas question pour le gouvernement canadien de règlementer les géants du web sauf, dans le cadre d’une action concertée avec les pays membres de l’OCDE. Steven Guilbeault, le ministre du Patrimoine canadien l’a répété dès le lendemain. Ce n’est donc pas la priorité du gouvernement. Et pourtant…
Ne serait-ce pas un bon contexte pour passer à l’action? La crise actuelle est le meilleur moment, le meilleur prétexte pour aller de l’avant dans ce dossier. La situation économique de nos médias et de nos institutions culturelles est désastreuse. Pendant ce temps, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft poursuivent leur ascension vers des sommets-record. C’est du jamais vu dans toute l’Histoire.
Cette situation ne peut plus durer. Faut-il attendre un accord de l’OCDE, comme le plaide le premier ministre Justin Trudeau? Quoi qu’il advienne, un tel accord ne viendra pas sans collisions. Aussi, pourquoi le Canada ne donne-t-il pas le ton avec un ou deux alliés, maintenant.
Ne l’oublions pas, la crise du coronavirus fera des dégâts importants sur sa route. Seuls les géants du web seront épargnés. Trouvez l’erreur…
À mon avis, il faut saisir cette occasion unique pour engager le pays dans une stratégie afin d’établir des règles équitables de cohabitation entre notre culture, nos médias et notre industrie culturelle, d’une part, et les superpuissances numériques américaines d’autre part. Avant qu’il ne soit trop tard.  

Alain Saulnier
Professeur invité
Département de communication
Université de Montréal
alainsaulnier.blogspot.com

samedi 11 avril 2020

L'hécatombe. Le virus frappe les médias et la Presse canadienne

Nous avons perdu la notion du temps. Pourtant, le temps passe. Malheureusement, pas assez vite pour mettre le confinement derrière nous. D’autre fois, on doit faire un effort pour retracer la chronologie des mauvaises nouvelles. Avec raison, on n’oublie pas celles qui concernent la population et la santé publique.
Mais on ne se rappelle déjà plus des mauvaises nouvelles qui concernent les médias.
Il y a trois semaines, la fragile entreprise CN2i (anciennement les quotidiens du groupe Capitales Médias), annonçait que 143 personnes allaient perdre temporairement leurs emplois. On suspendait également la publication des quotidiens en semaine.
La même semaine, plusieurs hebdos régionaux mettaient à pied les rares journalistes qui sillonnent le territoire du Québec, comme en Gaspésie.
Ce fut ensuite le tour du Magazine Voir d’emboîter le pas avec d’autres pertes d’emploi.
Puis, il y a deux semaines, La Presse+ imposait une diminution des salaires de 10% pour ses 450 employés, et ce, jusqu’au31 décembre 2021 ! Vous avez bien lu, pas décembre 2020, mais 2021.
De son côté, COGECO a mis à pied 130 personnes, soit 25% de son effectif. On a même suspendu la programmation locale dans certaines stations Rythme FM (Trois-Rivières et Sherbrooke)
Toujours il y a quinze jours, Québecor mettait à pied 1000 employés, soit 10 % de son personnel, pour deux mois. C’était avant le prolongement de la période de « pause » imposé cette semaine par le gouvernement du Québec.
Chez Métro-Média (propriétaire du quotidien Métro), on a annoncé que 40% des employés de ses 26 journaux allaient être mis à pied.
Et enfin, URBANIA a imposé une baisse de 20% des salaires à ses employés en plus d’en mettre six à pied.
Peut-on parler d’hécatombe ?  Je le crois.

Un oubli, la Presse canadienne
Dans ce triste bilan, on a oublié de parler d’un joueur important, l’agence de la Presse canadienne. Le public est trop peu conscient que sans la Presse canadienne (PC), on ne peut plus offrir de l’information, sept jours sur sept, au pays. Les quelques médias qui ont des éditions week-end ne pourraient pas publier sans le soutien de la PC.
L’agence complète bien la configuration des journalistes sur le territoire. Là où ne sont pas les grands et petits médias, la Presse canadienne se charge de combler les besoins en les alimentant en informations.
C’est ainsi que plusieurs quotidiens de CN2i (anciennement Capitales Médias) comptent sur la PC pour couvrir les activités gouvernementales à l’Assemblée nationale et au Parlement canadien.
Même Radio-Canada et COGECO ne couvrent pas toutes les régions avec des journalistes locaux. Comment faire pour obtenir de l’information locale si on habite dans un coin isolé de la Gaspésie ou de l’Abitibi ? C’est ce rôle que joue la PC.
En temps normal, la Presse canadienne complète bien l’écosystème des médias au Québec. Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’agence est affaiblie par la situation acuelle.
Pourtant, nous avons besoin de bien plus que des points de presse quotidiens en direct des premiers ministres pour être bien informés. Nous vivons un moment unique de notre Histoire, un contexte où il faut une information complète, de la transparence, de l’information sur le terrain et de la vérification des faits.
Pendant que certains médias luttent pour leur survie, la Presse canadienne, l’agence qui nourrit ces médias, se meurt elle aussi, presque dans l’indifférence.
Car il faut le souligner, la conséquence de l’hécatombe que vivent les médias, c’est qu’ils ne peuvent plus établir de partenariats avec la PC. Or, sans de tels contrats, c’est la fin de la PC.

L’aide gouvernementale et la Presse canadienne
Plusieurs se sont réjouis de l’aide aux médias annoncée en mars par le gouvernement fédéral. Pourtant, elle est nettement insuffisante. Le gouvernement du Québec a bien donné un coup de pouce aux médias, mais peu ont remarqué que cette aide exclut la Presse canadienne. Pourquoi ? J’émets l’hypothèse que fournir de l’aide à la PC obligerait en toute logique le gouvernement d’aider l’agence QMI propriété de Québecor, ce qu’au gouvernement on préfèrerait ne pas faire... Je souhaite me tromper.
L’ensemble des acteurs de l’écosystème des médias doit trouver une solution à l’impasse financière actuelle. Cela doit inclure la Presse canadienne.
L’information, c’est le nerf de la guerre pour lutter contre le coronavirus…et la désinformation sur l’ensemble du territoire.

Alain Saulnier
Professeur invité
Département de communication
Université de Montréal

dimanche 5 avril 2020

Pour une stratégie globale afin de garantir l'autosuffisance alimentaire au Québec

Viser l'autosuffisance alimentaire

J'attendais la question au point de presse aujourd'hui (4 avril 2020), mais elle n'est pas venue.
Qu'en est-il d'une stratégie globale afin de garantir l'auto-suffisance alimentaire au Québec?
Le premier ministre François Legault l'avait brièvement évoquée deux jours plus tôt, en disant que son gouvernement devra élaborer une réflexion afin d'assurer que les denrées alimentaires ne viennent pas à manquer.
La réflexion est-elle terminée? N'y a-t-il pas urgence? Certains producteurs maraîchers sont très inquiets. Pourront-ils/elles semer, entretenir les terres et récolter, sans aide et sans personnel en nombre suffisant?
À mon avis, il faut établir un plan d’urgence.
1) À court terme, pour faire une grande corvée afin de préparer au plus vite la terre en vue des récoltes d’été et d'automne au Québec. De nombreux jeunes seraient partants pour participer à une telle opération.
2) Pendant ce temps-là, il est également important d'investir tout de suite dans la construction de serres afin que, dès l'automne, on enclenche la production des légumes en serres pour l'hiver.
3) À plus long terme, on pourrait en profiter pour changer la stratégie de la monoculture afin de maximiser et diversifier les cultures alternatives sur les grandes terres agricoles où on ne produit que du maïs, du soya, etc…
Jean Garon parlait à l’époque de stratégie d’indépendance alimentaire.
4) Et j'ajouterais qu'on pourrait en profiter pour se débarrasser des pesticides, fongicides, Round-Up et engrais chimiques de toutes sortes. Préparer l'après-confinement, maintenant.

Alain Saulnier
4 avril 2020

Merci 2022. Place à 2023

  Merci 2022! En janvier, je mettais fin à dix années comme professeur au DESS en journalisme à l’Université de Montréal. 2022 restera une a...