dimanche 1 janvier 2023

Merci 2022. Place à 2023

 Merci 2022!

En janvier, je mettais fin à dix années comme professeur au DESS en journalisme à l’Université de Montréal.
2022 restera une année marquante pour toute ma vie.
En février, j’ai d’abord publié mon livre « Les barbares numériques. Résister à l’invasion des GAFAM »(Écosociété) qui a connu beaucoup de succès et a surtout eu un impact dans les médias et auprès des décideurs.
Dans la foulée de cette publication, J’ai participé à quatre salons du livre: Montréal, Québec, Trois-Rivières et Dieppe. J’ai aussi donné une quinzaine de conférences sur le sujet, et même une au Sénat français, Palais du Luxembourg à Paris. Rien de moins!
2022 était déjà une année exceptionnelle jusqu’à ce que je reçoive le 30 novembre dernier, le Prix Guy-Mauffette. Alors là, ce fut la totale! Merci à tous mes ami.e.s de m’avoir suivi et pour vos bons mots.
Place à 2023.
Je poursuivrai ma route mais je dois me faire à l’idée que je ne pourrai jamais connaître une année aussi exceptionnelle que la dernière.
En revanche, je compte bien profiter de cette nouvelle année pour maintenir une présence dans l’espace public, et savourer davantage la vie avec ma blonde de toujours, notre belle fille, ma famille et tous mes proches.
Je souhaite que cette nouvelle année prenne soin de nos vies de même que celle de la planète qui en a bien besoin. Qu’elle nous donne la paix dans le monde, en particulier en Ukraine. Aussi, que l’idéal démocratique ainsi que les faits l’emportent sur les mensonges et l’autocratie. Enfin, que notre culture ne soit pas marginalisée par la culture américaine que nous imposent les géants numériques.
Bonne année à vous, mes « Toussez toutes ».
Alain Saulnier

jeudi 1 septembre 2022

Mon moment René Lévesque. 100ème anniversaire de naissance de ce géant.

 


Centenaire de René Lévesque.
Plusieurs journalistes de ma génération ont toutes et tous des souvenirs de René Lévesque pour avoir été en contact avec lui comme homme politique.
En ce qui me concerne, il s’agit d’un souvenir inoubliable, non pas avec l’homme politique, mais avec l’ancien journaliste. C’est qu’en 1986, on me propose de faire la recherche et les entrevues pour une série de trois émissions portant sur l’information à Radio-Canada afin de souligner le 50ème anniversaire du service public.
Rapidement, mon défi était évidemment de souligner le rôle marquant de René Lévesque dans l’histoire de l’information à Radio-Canada. La préparation de cette série a duré de nombreuses semaines. Durant près de deux mois, j’ai fait des demandes d’entrevues auprès de René Lévesque. Il hésitait, et j’ai tout de suite essuyé un premier refus. Puis un deuxième. J’ai insisté, insisté, et insisté en faisant valoir que la vision du journalisme que René Lévesque avait imposée à Radio-Canada constituait un modèle, une référence pour toutes et tous les journalistes, et que c’était évidemment d’intérêt public. Son attachée de presse (elle se reconnaîtra) m’a vraiment appuyé dans cette démarche. Je l’en remercie chaleureusement.
Un jour, elle m’appelle pour m’annoncer avec enthousiasme que René Lévesque avait finalement accepté. Je sautais de joie, le téléphone à la main! C’est là que mon tract a débuté. Aussitôt, je me suis demandé si j’allais être à la hauteur avec mes questions? J’étais tellement impressionné par le personnage que lors de l’enregistrement, je me rappelle avoir clairement bafouillé à ma première question. Mais rapidement, c’est lui qui m’a mis à l’aise. Ce fut une entrevue qui s’est déroulée dans un climat serein. J’étais heureux d’être avec lui et, j’ose croire, qu’il était lui aussi content de se remémorer tous ses souvenirs à Radio-Canada. Toutes ses réponses étaient passionnantes. On en aurait pris des heures et des heures. Toutes les émissions de cette série commémorative, dont les trois portant sur l’information avaient une durée de 30 minutes. À l’époque, l’enregistrement se faisait en film et non en vidéo. Ce qui compliquait les choses. Nous avons « filmé » un peu plus de 30 minutes d’entrevue avec lui. On s’entend que celle portant sur cette période au cours de laquelle René Lévesque a marqué l’histoire de Radio-Canada était trop courte. Elle comportait aussi des extraits d’entrevue avec Gérard Pelletier et quelques segments d’archives de Radio-Canada. Le réalisateur de la série a finalement conservé de nombreux extraits de l’entrevue avec René Lévesque. Une dizaine de minutes environ. Trop court, pour cette admirable contribution au service public. Il reste que cette émission a été très appréciée. J’en étais fier. Fier d’avoir vécu mon moment « René Lévesque ».
Une année plus tard, René Lévesque décédait. Toujours aussi fier de cette entrevue avec René Lévesque, j’appelle le réalisateur de la série pour lui suggérer de faire un montage spécial de l’entrevue complète et non seulement des extraits retenus dans le document final..Silence au bout du fil, « c’est que seuls les extraits ont été conservés en archives, le reste a été détruit... ». Cette fois, le silence était le mien.
C’était mon « moment René Lévesque ».

mardi 25 janvier 2022

Texte collectif en appui à Sortons les poubelles

Nous, gens des milieux culturel, universitaire, politique et des citoyens engagés, avons signé ce texte dans Le Devoir. Notre but est de dénoncer les menaces de RNC Média, propriétaire de CHOI Radio X contre le groupe « Sortons les poubelles » qui publiait régulièrement des extraits nocifs des émissions de cette radio de Québec. Résultat, le groupe a fermé sa page Facebook.

« La coalition « Sortons les radios-poubelles », que des milliers de personnes suivent sur les réseaux sociaux, dénonce depuis dix ans l’intimidation et les propos mensongers qui ont cours sur les ondes de Radio X.

Elle doit maintenant fermer sa page Facebook parce que RNC Media, propriétaire de CHOI Radio X, menace d’entamer des procédures pour obliger la coalition à dévoiler le nom de ses administrateurs. Ceux-ci s’y opposent pour des raisons évidentes : ils ne veulent pas devenir la cible des attaques des animateurs de CHOI Radio X. Il y a quelques années, le cas de Jean-François Jacob, internaute critique de la station qui, à la suite des pressions de cette dernière, avait non seulement perdu son emploi, mais aussi vu l’une de ses vitres fracassée par des boules de billard, suffit à le faire comprendre. Quand on prend sur soi de critiquer publiquement des bullies et de dénoncer leur liberté d’oppression, certaines précautions sont nécessaires.

Depuis la création du collectif, en 2012, la coalition « Sortons les radios-poubelles » avait pris l’habitude de diffuser sur ses réseaux des extraits des émissions de radio qu’elle jugeait nocifs. Ces contenus étaient régulièrement relayés par de nombreux citoyens dans l’univers des médias et des réseaux sociaux. Or RNC Media, n’acceptant aucune critique, y est allée de menaces judiciaires et d’intimidation pour faire cesser l’utilisation d’extraits audio. Même si la réutilisation d’extraits dans le but d’en faire la critique est clairement autorisée en vertu de la Loi canadienne sur le droit d’auteur, la coalition a choisi de s’en tenir désormais à des versions texte des propos des animateurs. Tout le monde n’a pas les moyens et l’énergie nécessaires pour se défendre efficacement dans de longues et coûteuses poursuites. RNC Media, oui.

Mais cela n’a pas satisfait RNC Media. Les propriétaires de Radio X ont décidé de continuer d’intimider et de bâillonner les membres de cette coalition, qui n’ont eu, récemment, d’autre choix que de fermer leur page Facebook. C’est une énorme perte pour la liberté de critiquer de tels contenus. Déjà, au printemps dernier, YouTube avait pris la décision de fermer leur compte après avoir subi des pressions des mêmes propriétaires, qui considéraient à tort qu’on portait atteinte à leurs droits d’auteur en reprenant des extraits de contenus problématiques. Cela crée un énorme vide pour l’esprit critique, ainsi que pour la défense des individus et groupes qui sont intimidés, diffamés ou harcelés sur les ondes de cette radio.

Nous nous opposons à cette tentative de bâillonner et de refuser toute espèce de critique, qui porte atteinte de façon frontale à la liberté d’expression. L’argent et le bullying judiciaire ne devraient pas dicter qui, dans notre société, a le droit de s’exprimer et qui doit se la fermer. Qui peut être critiqué, et qui ne peut pas l’être. Dans une démocratie, la liberté d’expression doit être plus forte que la liberté d’oppression. Sans cela, nous sommes foutus.

 

Alain Saulnier, professeur invité à la retraite Université de Montréal, au nom de:


Jean-Hugues Roy, professeur, École des médias, UQAM

 

Martine Delvaux, professeure de littérature, Université du Québec à Montréal

 

Michel Seymour, professeur de philosophie retraité de l’Université de Montréal

 

Jonathan Durand Folco, professeur à l’École d’innovation sociale de l’Université St-Paul

 

Dany Rondeau, professeure de philosophie, Université du Québec à Rimouski

 

Catherine Dorion, députée de Taschereau

 

Maxime Pedneaud-Jobin, ancien maire de Gatineau

Dominique Payette, professeure au Département d’information et de communication, Université Laval

 

Alexandre Boulerice, député de Rosemont-La Petite-Patrie

 

Maïtée Labrecque-Saganash, chroniqueuse

 

Safia Nolin, autrice-compositrice-interprète

 

Fabrice Vil, avocat, entrepreneur social et chroniqueur

 

Léa Clermont Dion, autrice

 

Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec

 

Ismael Seck, enseignant en adaptation scolaire

 

Sébastien Bouchard, citoyen engagé pour des médias sains

Pénélope Daignault, professeure en communication publique, Université Laval

C’est mon anniversaire.

C’est mon anniversaire. Pas de restaurant, pas de souper avec des ami.e.s ce soir. Je crois que je vais célébrer dans la discrétion pandémique. Tout de même, une nouvelle année en marche. J’ai pris ma retraite de l’enseignement mais je ne battrai pas en retraite cette année. Car, j’ai plein de projets en vue. Je vous en parlerai très très bientôt (15 jours?).

Ah oui, j’allais oublier, j’ai 69 ans. La vie passe vite en maudit. Alors, il vaut mieux en profiter. C’est mon projet le plus important pour 2022. Bonne journée.

Alain Saulnier

mardi 4 janvier 2022

Les barbares numériques, bientôt dans les librairies

2022 est en marche. J'ai pris ma retraite de l'enseignement, mais je demeurerai très présent dans le monde des médias et de la culture. 

C'est ainsi que je publierai en février un livre portant sur la relation de domination qu'exercent les géants numériques, les GAFAM, sur notre culture et nos médias. Aux Éditions Écosociété.

Je vous informerai des détails prochainement.

Alain Saulnier



jeudi 9 septembre 2021

Débat électoral sur la culture, 13 septembre 12h00 à 13h30 sur cpac.ca

 C'est lundi 13 septembre, 12h00 à 13h30 diffusé en ligne sur cpac.ca

GRAND DÉBAT ÉLECTORAL SUR LA CULTURE
Avec la Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC), nous, du département de communication, organisons un débat électoral portant sur la culture, le 13 septembre prochain de 12h00 à 13h30. Ont confirmé leur présence, Stephen Guilbeault pour le Parti libéral du Canada, Steve Shanahan pour le Parti Conservateur, Martin Champoux pour le Bloc Québécois, Alexandre Boulerice pour le NPD, et Mathieu Goyette pour les Verts.
La culture est trop souvent mise de côté lors des campagnes électorales.
Voici un extrait du communiqué de presse:
"Le secteur de la culture a été parmi les plus durement frappés par la COVID. Tous les secteurs culturels ont connu des baisses considérables des revenus d’exploitation et des dépenses liées à la main d’œuvre. D’ailleurs, une personne sur quatre œuvrant dans le secteur a perdu son emploi en 2020.
Cette crise continuera d’avoir des effets importants sur le secteur dans les années à venir et exigera une réponse politique à la hauteur. Rappelons que le PIB de la culture excédait les 57 milliards de dollars en 2019, soit 2,7% du PIB canadien et employait en 2018 plus de 655 000 personnes, loin devant les secteurs de l’agriculture, de l’extraction des ressources naturelles, du pétrole et du gaz naturel, des services publics ou de l’automobile. La crise sanitaire a accéléré la transition numérique, ce qui a certes permis de maintenir plusieurs activités, sans toutefois que cela ne permette la rentabilité."
Le débat sera animé par Catherine Perrin et diffusé en direct sur la chaîne internet de CPAC, et en différé à la télévision. Il y aura traduction simultanée.
Comme je l'avais fait en septembre 2019 lors d'un précédent débat, vous comprendrez que je suis très impliqué dans cette organisation.
Si la culture vous intéresse, je vous invite à vous joindre à nous le 13 septembre de 12h00 à 13h30.
Adresse internet:
CPAC.CA
CPAC - For the Record
CPAC.CA
CPAC - For the Record
Francine Ménard

jeudi 22 avril 2021

La Une du Journal de Montréal du 22 avril est irresponsable

La Une du Journal de Montréal du 22 avril est déplorable, irresponsable et inacceptable. La photo de Justin Trudeau revêtu d'un costume traditionnel en Inde est accompagné d'un texte: " Le variant de l'Inde. Un premier cas au Québec et 39 autres au Canada". Irresponsable!

Y a-t-il un pilote dans l’avion? Ce n’est pas le temps de jouer au fou en cette période difficile. Le racisme à l'égard des communautés asiatiques est entretenu par ce genre de Une d'un des médias les plus importants au Québec. Depuis le début de la pandémie, ma fille, d'origine asiatique, me sensibilise sans arrêt contre ce genre de comportements inadmissibles envers sa communauté d'origine. Il en est de même pour la communauté indienne. Et que vient faire Trudeau dans cette histoire? On se croit drôle? Vraiment?

Quelqu'un peut-il rappeler au Journal de Montréal que de nombreuses cargaisons de vaccins contre la COVID sont livrés régulièrement au Québec en provenance de l'Inde.

Je me réjouis que le syndicat des journalistes du Journal de Montréal se dissocie de la Une choisie par sa direction.

Alain Saulnier
professeur invité
département de communication
Université de Montréal

jeudi 28 janvier 2021

CBC/Radio-Canada dans le déni

CBC/Radio-Canada dans le déni

par Alain Saulnier

(D'entrée de jeu, je tiens à souligner que j'ai été, je suis, et je serai toujours un défenseur de Radio-Canada comme service public. J'y crois profondément.)

Du 18 au 28 janvier, se sont tenues les audiences du CRTC pour le renouvellement des licences de diffusion de CBC/Radio-Canada.

Drôle et curieuse situation, pleine de paradoxes. En effet, la direction de CBC/Radio-Canada ne reconnaît pas au CRTC un droit de règlementation pour ses activités numériques. Il faut rappeler que c'est le CRTC qui s’est lui-même mis hors-jeu le 17 mai 1999. (Décision CRTC 17 mai 1999) Internet ne les concernait pas, indiquait à l'époque Françoise Bertrand, la présidente du CRTC. On connaît la puissance du déferlement numérique qui a suivi. 

Depuis lors, CBC/Radio-Canada a également effectué un virage spectaculaire puisque ses activités numériques sont depuis une dizaine d'années en constante progression. De plus, elles génèrent aujourd'hui d'importants revenus publicitaires. Mais, il n'y a pas officiellement pas d'obligation pour CBC/Radio-Canada de rendre des comptes à ce sujet au CRTC.

Toujours est-il que dès le premier jour de sa comparution pour le renouvellement de ses licences, Radio-Canada a demandé un renouvellement des licences de ses médias linéaires, ou si vous préférez, "traditionnels", pour une durée de cinq ans. La raison? CBC/Radio-Canada a besoin de stabilité et exige plus de flexibilité. Soit.

Pourtant, je suis étroitement l’actualité. Or, je sais que d’ici deux à trois années, il y aura probablement d'importants bouleversements qui toucheront CBC/Radio-Canada et le CRTC. C'est qu'une nouvelle Loi sur la diffusion pourrait changer la donne. Rappelons que l'actuelle Loi sur la radiodiffusion date de 1991. Il est donc plus que temps qu'elle embrasse le nouvel univers numérique qui n'existait même pas lorsque Marcel Masse, alors ministre des communications dans le cabinet du gouvernement conservateur de Brian Mulroney, a fait adopter cette loi. Et nous y sommes.

DES CHANGEMENTS EN VUE

Il y a un an, en janvier 2020, le groupe d'experts mandaté par Patrimoine canadien pour faire l'examen de la législation en matière de radiodiffusion et de télécommunications, rendait public son rapport et formulait une liste de recommandations au gouvernement. Si l'on se fie aux recommandations du rapport du groupe d'experts présidé par Janet Yale, le CRTC devrait avoir les pouvoirs réels de règlementer l’ensemble de l’univers numérique, incluant les entreprises étrangères comme les superpuissances numériques américaines. Un premier pas pourra être franchi en ce sens si le projet de loi C-10 déposé récemment par le ministre Stephen Guilbeault était adopté cette année. À ce sujet, ce dernier déclarait, il y a quelques jours, "Ce qu’on vient faire, avec ce projet de loi, c’est donner à notre organisme réglementaire canadien, le CRTC, les pouvoirs nécessaires pour faire en sorte que ces géants du web soient obligés d’investir eux aussi et de respecter les règlements du Canada à ce niveau." (https://danslesmedias.telequebec.tv/emissions/100569791/manon-masse/58327/l-avenir-des-medias-avec-le-ministre-steven-guilbeault). Il donne ainsi suite à l'une des recommandations phare du rapport Yale, soit de fournir au CRTC un pouvoir de règlementation sur toutes les entreprises numériques, étrangères comme canadiennes. 

Par ailleurs, une autre des recommandations importantes du rapport Yale propose rien de moins qu'un retrait graduel de la publicité sur les plateformes de CBC/Radio-Canada. J’en suis, car je considère que la recherche constante de revenus publicitaires est venue teinter les choix de programmation (à l'exception heureuse des émissions d'information qui résistent). Pourtant, comment réagit la direction de CBC/Radio-Canada? Réponse: comme si de rien n'était. Malgré un tel contexte, on se demande comment CBC/Radio-Canada peut ignorer ces futurs rendez-vous législatifs et règlementaires qui viendront chambouler le paysage médiatique? C'est pourtant ce que fait la direction de CBC/Radio-Canada en demandant un renouvellement de ses licences pour cinq autres années? 

En ce qui me concerne, je suis évidemment pour un diffuseur fort, bien financé. Car pour concurrencer les géants du web, nous en aurons vivement besoin. Pour combattre la désinformation, des ressources importantes devront être investies dans un solide service d'information. Des ressources également pour soutenir notre culture, particulièrement la nôtre, celle des francophones du Québec, celle de l’Acadie et de partout au pays. Les superpuissances numériques américaines nous rappellent implacablement que nous sommes minoritaires en Amérique du Nord. En ce sens, nous devons pouvoir compter sur les moyens nécessaires afin de soutenir cette culture, de la déployer et de la faire rayonner. C'est pourquoi je considère que Radio-Canada peut constituer le meilleur atout pour défendre l'information et la culture destinées aux francophones.

Bien entendu, cela nécessite de développer de nouvelles sources de financement en plus de la subvention gouvernementale de Patrimoine canadien. Comment alors? Établir une formule de redevances, comme chez d'autres diffuseurs publics dans le monde? Percevoir un pourcentage de contribution obligatoire chez les géants du web qui utilisent les contenus de CBC/Radio-Canada? C'est à voir. Mais quoi qu'il en soit, pour financer le service public il existe des alternatives à la publicité, de nouvelles voies à explorer. Et pour ce faire, ayons avant toute chose cette nécessaire discussion publique. C'est urgent. 

En ce sens, je diffère d'avis avec ceux (ils se reconnaîtront) qui veulent simplement réduire le financement et la taille de CBC/Radio-Canada pour mieux accaparer ses revenus publicitaires. Je diffère également d'avis avec ceux et celles qui veulent maintenir le statu quo. Voilà où je loge. 

LE CRTC, COMME SI DE RIEN N'ÉTAIT

Ce qui a marqué ces audiences pour le renouvellement des licences de CBC/Radio-Canada, ce sont toutes ces demandes d'éclaircissement posées par les conseillères et son président. Avez-vous des indicateurs de performance, des mesures de rendement sur les résultats d'écoute des plateformes numériques, ou encore sur la diversité dans les émissions, la présence de personnes issues des LGBTQ au sein du personnel et de la haute direction de l'entreprise? Quels sont vos indicateurs de rendement?, a-t-on entendu maintes et maines fois de la part des conseillères du CRTC.

En revanche, je n'ai jamais entendu poser cette question fondamentale: quelle est votre définition du mandat de CBC/Radio-Canada? Comment vous voyez-vous dans trois, cinq ans si vos revenus publicitaires devaient chuter? Quelle relation doit s'établir avec vos concurrents privés? Ces questions qui sont au coeur de la mission du service public, n'ont pas été posées. Pourtant ce sont ces questions auxquelles il faut répondre. 

Car pendant ce temps, les superpuissances numériques américaines continuent à étendre leurs tentacules. Netflix a établi un record d'abonnements depuis le début de la pandémie.  De plus, l'arrivée d'un nouveau joueur au Québec, NOOVO, propriété de Bell, viendra bousculer dès cette année l'espace occupé par Radio-Canada et TVA dans le marché francophone. Cela vaut aussi bien sur les médias linéaires que sur les plateformes numériques. Dans un tel contexte, quelle sera la différence que proposera Radio-Canada à son public? "À quoi sert un service public si c'est pour faire comme les autres?" avais-je écrit lors de mon départ de Radio-Canada en 2012? 

LA TRANSPARENCE A BIEN MEILLEUR GOÛT

Au cours des audiences, plusieurs intervenants ont exigé davantage de transparence dans la gestion de CBC/Radio-Canada. La haute direction s'en est défendue. Pourtant, il y a une culture du secret depuis de nombreuses années au sein de la haute direction de CBC/Radio-Canada. Pour l'anecdote, je soumets un exemple de cette culture trop opaque qui date de l'époque du président directeur général précédent. En 2015, je voulais obtenir le montant alloué par le Président directeur général qui avait entrepris de faire un énième examen afin d'effectuer (encore...) une réforme de la structure organisationnelle de Radio-Canada, en 2014 et 2015. La direction me l'avait alors refusé. Je suis donc allé en appel de cette décision auprès du commissaire à l'information du Canada. J'ai gagné et enfin obtenu l'information... le 8 janvier 2021. On m'a fourni l'information. Vous voulez la réponse? La dépense allouée à une entreprise spécialisée pour ce changement de structure qui a fait long feu, c'est 2,064,780$... 

RADIO-CANADA, UN OUTIL POUR LES FRANCOPHONES

Mais revenons au rôle de Radio-Canada pour les francophones de ce pays.

J’ai écouté la présidente Catherine Tait et le vice-président des services français Michel Bissonnette, dire qu’ils souhaitaient que Radio-Canada soit un rempart contre Netflix et les géants du web. J’en suis ravi. C’est aussi ce que je dis depuis plusieurs années. Radio-Canada est un joyau qui peut constituer un formidable rempart contre la domination des géants américains du web qui nous imposent la culture anglo-américaine, à nous francophones du Québec et de partout au pays. 


Par contre, j’ajoute que pour ce faire, Radio-Canada doit être plus distinct, plus différent qu’il ne l’est depuis quelques années. Pourquoi? Parce que la commercialisation à outrance des contenus de Radio-Canada est venue réduire ce qui fait sa différence. Il y a maintenant de la publicité à la télé et en abondance sur toutes les plateformes numériques, comme dans les médias privés. En fait, on cherche constamment de nouvelles manières, "créatives", comme on dit dans le jargon du milieu, d'accumuler d'autres revenus commerciaux et publicitaires. Qu'on le veuille ou non, cela vient inévitablement teinter les contenus et l'image de CBC/Radio-Canada. 


C'est ainsi que la direction du Groupe Revenus compte maintenant sur quelques trois cents personnes qui s'activent à la quête de revenus commerciaux et publicitaires et pour satisfaire l'appétit des "clients". Disons les choses clairement: cette division de CBC/Radio-Canada en mène trop large dans l'entreprise. On fait trop de commerce et malheureusement pas assez de contenus publics. 


OPÉRATION TANDEM

Par exemple, voilà que Radio-Canada/CBC pousse encore plus loin la mesure et propose de se lancer dans cette malheureuse aventure de publicité déguisée "Tandem". Pourquoi donc? On répond que c’est parce que toutes les entreprises de diffusion et de publication le font. Mais Radio-Canada ne devrait-il pas se distinguer là aussi en évitant de copier les pratiques de publicité déguisée développées par les médias privés? 


Soyons clair: Tandem, c'est de la publicité déguisée en information. Pourquoi faire de la publicité déguisée en information? Parce que ça fait plus crédible. Et plus encore, si cette publicité déguisée en information ne loge pas trop loin de l'environnement de l'information à Radio-Canada. Mais l'information, n'est-ce pas le coeur de la marque Radio-Canada? Prenons un exemple pour bien comprendre. L'automne dernier, une grande banque a produit des contenus de marque avec Radio-Canada Tandem. Si on visite la page d'accueil développée à l'intention de cette banque, on distingue bien le logo et l'appellation "radio-canada.ca", tout en haut, à gauche de l'écran. Or, quelle est donc cette banque? Cette banque qui se paie de belles pages de crédibilité est la même banque qui a fait l'objet de reportages à l'émission Enquête et au Téléjournal, en septembre dernier. Pour quelles raisons y faire la manchette? Parce que cette banque est soupçonnée d'avoir participé à de nombreuses transactions douteuses impliquant  des fonds "suspects". Autre exemple, encore récemment, on diffusait à la télévision de Radio-Canada une publicité qui fait la promotion d'une entreprise de casino en ligne. Mais où sommes-nous? À Radio-Canada? Vraiment?


C'est à mon avis la preuve qu'on ne peut faire confiance à un Groupe Revenus pour établir la ligne éditoriale de Radio-Canada et du coup, protéger son image de marque. Qu'est-ce qui compte? L'image de Radio-Canada ou celle des clients du Groupe Revenus.


De fait, c'est la démonstration que la quête de revenus publicitaires à tout prix vient teinter, voire jusqu'à dénaturer l'image du service public. C'est la raison pour laquelle je soutiens l'idée que Radio-Canada doit  retirer progressivement la publicité de ses contenus. C'est précisément la recommandation du Rapport Yale sur le cadre législatif de la radiodiffusion et des télécommunications publié en janvier 2020. Mais, en contrepartie, il faut s'atteler à la tâche de trouver un bon modèle de financement pour faire énergiquement face aux superpuissances numériques américaines. Ça existe, ça se trouve. Il faut en discuter et surtout arrêter de se mettre la tête dans le sol comme l'autruche. Arrêtons de dire que c'est impossible, et qu'il vaut mieux ne pas toucher à ce château de cartes. Pour ma part, je suggère de recourir à la publicité sur les plateformes de Radio-Canada que lors de grands événements de prestige.


La journée de clôture des audiences était décevante. Radio-Canada aurait pu en profiter pour répliquer aux critiques soulevées par les intervenants, mais non. Elle s'est conclue sans que les conseillères reviennent sur les questions de fond. Par exemple, malgré les craintes exprimées par une douzaine d'intervenants sur le modèle de publicité Tandem, aucune question n'a été posée à la direction de CBC/Radio-Canada lors de cette dernière journée consacrée à la réplique. En lieu et place, les conseillères se sont attardées aux questions de doublage des émissions pour enfants. Oui, mais...Ou encore, quelles sont les méthodes de calcul, les indicateurs de rendement pour établir les données sur les programmes d'intérêt national. Ou pour garantir la diversité dans la production et dans l'entreprise.


Après avoir suivi l'ensemble de ces audiences du CRTC, une seule conclusion s'impose à la suite des audiences pour le renouvellement des licences de CBC/Radio-Canada: sa direction est tout simplement dans le déni. Certes, on favorise une stratégie de migration vers le numérique pour les nouvelles générations, ce qui est louable et essentiel. Mais pour y offrir quels contenus distincts? On en parle trop peu, comme s'il n'y avait pas un besoin pressant de repenser son mandat et sa mission. On adopte le statu quo, dans un nouvel espace numérique, sans plus. Pourtant, ce débat de fond devra bien se tenir un jour, non? Comment se distinguer lorsque la dépendance à la publicité est aussi puissante, j'oserais écrire "pesante" dans cette organisation?


C’est la raison pour laquelle, au lieu d'accepter une licence de cinq années, les agendas de tous devraient s'arrimer à l’adoption prochaine des changements apportés à la Loi sur la radiodiffusion. Notamment, en s'inspirant des recommandations du rapport de Janet Yale. Ces changements proposeront, je le souhaite, un mandat actualisé à l'univers numérique et une "mission 2021" pour CBC/Radio-Canada. Par conséquent, je propose que le CRTC limite leurs licences à trois années plutôt que cinq. 


Cette transition permettra au nouveau cadre législatif et règlementaire de se mettre en place. Elle permettra aussi à Radio-Canada d'être pro-actif et de réfléchir à un nouveau type de service public, peut-être sans publicité et avec un nouveau modèle d'affaires. Il vaut mieux prendre les devants et participer de façon constructive au débat sur cet avenir. Et d'ici là, participons à ce débat, creusons-nous les méninges afin de trouver d'autres modèles de financement du service public. Il en existe ailleurs dans le monde. D'autres peuvent s'inventer.


Le timing est bon pour tenir ce débat de fond. Depuis trente ans, nous attendons une nouvelle Loi sur la radiodiffusion et sur Radio-Canada. Il est plus que temps d'opérer un virage pour contrer les superpuissances numériques américaines. Radio-Canada peut et doit encore jouer un rôle majeur pour la culture et l'information destinées aux francophones. Il y a urgence, les GAFAM ne nous feront pas de quartier.


Alain Saulnier, 28 janvier 2021

dimanche 10 janvier 2021

Renouvellement des licences de Radio-Canada. Audiences du CRTC

 


AUDIENCES DU CRTC POUR LE RENOUVELLEMENT DES LICENCES DE RADIO-CANADA

Le CRTC entreprend dès demain les audiences pour le renouvellement des licences pour CBC et Radio-Canada. Voici quelques idées en vue de ce renouvellement.
Lorsque j’ai quitté Radio-Canada en 2012, j’avais soulevé dans ma lettre d’adieu aux employés, toute l’importance de sauvegarder Radio-Canada. Et j’avais écrit une mise en garde :
"À quoi sert Radio-Canada si c’est pour faire comme les autres?"
Ce sur quoi je voulais insister, c’est que Radio-Canada doit être différent des autres médias. Si le service public devait faire comme les autres, la population se questionnera alors avec raison sur la pertinence de le maintenir en vie.
Radio-Canada doit donc toujours se distinguer, offrir une réelle différence dans l’offre de contenus proposés sur toutes les plateformes. J’ajouterais que c’est primordial pour protéger la langue et la culture française ici.
Se distinguer, c’est également ne pas sombrer dans la commercialisation à outrance, comme c'est trop le cas dans les émissions (autres que l'information, quoique...). Malheureusement, le nouveau service TANDEM de publicité déguisée dans un costume de publireportage en est un exemple.

Afin d'apporter ma contribution à la discussion aux audiences du CRTC, voici quelques idées de lignes directrices.

1) Toujours maintenir le « arm’s lenght », c’est essentiel Radio-Canada/CBC n’est pas une télévision, une radio ou des services numériques d’État. C’est un service public qui relève du Parlement, pas du gouvernement. Conséquemment, il faut garantir que les membres du conseil d’administration soient nommés selon leurs qualifications et non selon la hauteur de leur contribution financière à un parti politique.

2) Radio-Canada et CBC constituent deux marchés distincts et ça doit le rester. Pas pour les annonceurs, mais pour le public à desservir. Ne jamais oublier que les francophones sont une minorité en Amérique du Nord dans un marché inondé par la production anglo-américaine. Une telle situation nécessite une approche différente. Donc, établir clairement une direction distincte (Vice-présidence) pour les services français et pour les services anglais.

3) Les services français doivent accorder un appui accru aux Premières Nations qui ont le français comme langue seconde (ou principale)

4) Radio-Canada peut constituer le plus extraordinaire rempart pour contrer la domination américaine en matière d’information et de culture et les propriétaires américains de l’univers numérique, mais à condition d’en avoir les moyens et d’offrir une importante différence de contenus. Quand on est à Radio-Canada, ça doit se voir, s’entendre et se percevoir à la lecture.

5) À mon avis, mettre fin à la dépendance de la publicité contribuera à offrir des contenus encore plus distincts. C’est pour cette raison que je suis partisan de la recommandation du Rapport du groupe présidé par Janet Yale voulant que la publicité soit retirée graduellement de Radio-Canada /CBC. J’en suis. C’est la seule façon de protéger les contenus distincts qu’un service public peut et doit offrir.

6) Dès les trois prochaines années, je propose qu'on retire graduellement la publicité des émissions d'information, à l'exception de commanditaires de prestige lors de grands événements couverts par le service de l'information.

7) Évidemment, on ne doit pas retirer la publicité sans compensation. Ce serait un désastre. C’est pourquoi, il faut établir une stratégie de remplacement. Définir de nouveaux modes de financement. L’État peut assumer une part importante du financement, mais il faudra se tourner vers d’autres modes de financement. Des redevances? D’autres pays le font. Mettre à contribution les géants du web qui profitent largement des contenus de CBC/Radio-Canada sur leurs plateformes. Il serait plus que temps! Ce travail incombe au gouvernement canadien et entre autres, à son ministre du patrimoine canadien, Steven Guilbeault.
8) Dernier point : les Services français de Radio-Canada doivent atteindre en tout temps un fort pourcentage de musique/paroles en français. Le service public doit encourager et stimuler l’écoute de la production francophone en musique, théâtre, films et télé séries. Cela inclut les performances musicales proposées dans les émissions de variétés et les télé séries.

Merci 2022. Place à 2023

  Merci 2022! En janvier, je mettais fin à dix années comme professeur au DESS en journalisme à l’Université de Montréal. 2022 restera une a...